Les Septs Peurs s'apparente autant à un roman d'aventure qu'à un essai introspectif très dense. Ce savoureux mélange tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page. Laurent Marechaux n’est connu de personne quand il se lance dans ce récit quasi autobiographique qui sera publié au Dilettante en 2005, gage de qualité ultime pour un premier roman. Depuis, Laurent Marechaux a persévéré avec bonheur dans la veine aventurière avec Le fils du Dragon et Bijoux de famille. En 2009 il a fait paraître un ouvrage magnifique sur les hors-la-loi chez Artaud, accompagné de photos et de biographies succintes ("Hors-la loi, -Anarchiste, illégalistes as de la gâchette...ils ont choisi la liberté"). Il contribue aussi régulièrement à l'excellente et très contemporaine revue XXI.
Pour les sept peurs, Laurent Marechaux ne recule devant rien, il narre avec talent les aventures parfois héroïques, souvent désastreuses d'un Candide moderne. Ce dernier, Babour, a toujours l'air étonné lui-même de ce qu'il vit, il se place en spectateur de son être au monde, créant ainsi un décalage comique et plein d'humilité. Les différentes épreuves qu'il traverse sont mêlées au fur et à mesure du récit de façon à donner toute sa consistance au héros.
Tel Candide qui reçoit quatre mille coups de bâton à peine s'aventure t-'il dans le vaste monde, Babour connaîtra le bagne. Motif de l'arrestation: il a simplement déposé une gerbe de fleurs sur la tombe d'un héros de la résistance communiste à l'aube des années 70. De cette période politique qui ne porte de rouge que le nom, Babour dira: "Nous étions puritains, machos et pressés". Le dissident s'immole par le feu, Babour l'admire et se heurte à l'intolérance et l'hypocrisie sociale. Il connaît ainsi la faim et le froid, échappe de justesse à la mort, se retrouve sur un navire qui connaît moult tempêtes et manque de se noyer. Séparé dès l'accroche du roman de son amoureuse Valérie tel Candide de Cunégonde, Babour se donne comme mot d'ordre de faire face aux événements aussi dramatiques soient-ils.
Successivement Torero, prisonnier, homme d'affaire, homme des bois dans les Appalaches, il se retrouve presque aussitôt militant auprès des Moudjahidin luttant contre les attaques soviétiques. De ses années Moudjahidin (de loin les plus prenantes, même si l'ensemble des aventures se lit comme on dévore un excellent gâteau), Babour gardera en mémoire la peur. Sous couvert d'aide humanitaire, assoiffé de défendre les opprimés, il compte rejoindre les rangs de la résistance. Il passe la frontière pakistanaise et se procure le parfait attirail de l'apprenti militant. Il emporte dans ses bagages "Les sept piliers de la sagesse" de Lawrence d'Arabie comme une conjuration à la guerre. "Comme tant d'autres je rêvais d'incarner le Lawrence d'Arabie afghan, les barbes grises me proposaient de jouer les Lord Jim". Heureusement notre héros déchu garde le sens de la dérision, et même s’il ne s’embarque jamais sur une barque vers l'Eldorado candidien, il empreinte à ce dernier une définition de l'optimisme, ne se laissant jamais totalement démonter : "La rage de soutenir que tout va bien quand on est mal".
Après les années Moudjahidin (le roman est partagé en sept chapitres, sept moments de la vie de Babour où il se trouve confronté à la peur viscérale de mourir), Babour résume ce que lui ont appris toutes ses aventures: le goût du risque, ne jamais baisser les bras, pratiquer le vol à main armé ou vêtir le costume de l'homme d'affaire, la force de la meute, la fraternité du combat et la rage de vaincre. Le parfait tableau d'un homme moderne idéal.
Il tente alors de rassembler tous ces atouts dans la vie moderne et occidentale en devenant directeur d'une entreprise de communication. En vain. Notre héros au travail n'entérine pas les objectifs qu'il s'était fixés, il se poudre le nez et abuse des affres de la vie nocturne jusqu'au moment où tout s'écroule. En quelques paragraphes bien sentis sur le monde de la pub, Laurent Marechaux nous exempt de lire Beigbeder...
Babour ne sait plus à quelle grande cause sacrifier les vies qui lui restent. Il se laisse dépasser par la quête d'une nouvelle aventure et prend sa place sur un navire transportant de la drogue plus ou moins à son insu.
La construction du roman prend tout son sens, retour aux premières pages premiers paragraphes, mais là je vous laisse le plaisir d'en découvrir la teneur, passionnante et entêtante. Laurent Marechaux, pour un premier coup d'essai tient haut la barre et pique la curiosité du lecteur avec talent, tout simplement.